Four à chaux

Nous sommes ici dans un four à chaux. Il s’agit d’un cylindre de quatre mètres de diamètre directement taillé dans la roche. Sa hauteur actuelle varie de 2,30 m au point le plus bas à 6 m au point le plus haut. C’est le dernier four à chaux de la commune, qui devait en compter plusieurs. On ne connaît pas la date exacte de sa construction. On peut toutefois estimer qu’elle remonte à la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle.
C’est dans cette cavité de plan circulaire que l’on cuisait des pierres de calcaire pour en faire de la chaux. Elle servait à appareiller les murs. La cuisson du calcaire était réalisée à partir de la méthode dite du mille-feuille. On disposait sur le sol de terre une épaisse quantité de bois qui permettait, en brûlant, la mise en chauffe des étages supérieurs, composés en alternance de lits de charbon et de lits de pierres. La cuisson de l’ensemble durait trois jours, à une température de 800 à 1000 degrés. Le four était ensuite vidé par le bas. Les pierres étaient disposées sur le sol (chaux vive) et immédiatement aspergées à l’eau afin d’obtenir de la chaux éteinte.
Le procédé chimique naturel consistait à transformer le carbonate de calcium (CaCO3) qui, sous l’effet de l’eau, donne naissance à l’hydroxyde de calcium (Ca(OH)2) avec rejet de gaz carbonique (CO2). Chaux vive (avant aspersion d’eau) et dioxyde de carbone sont deux éléments dangereux qui nécessitent une certaine maîtrise dans le maniement des pierres cuites. La perte de volume et surtout de poids des pierres avant et après cuisson s’élevait à 40 %. Après refroidissement, la chaux éteinte était placée dans des barils et stockée avant utilisation.
La fabrication de chaux nécessitait de connaître l’existence de veines de calcaire dans un environnement dominé par le schiste. Ces veines existent toujours. Elles sont encore présentes au bas de la colline de Piola (grotte de la Corte) et dans la partie sud de la colline du Castellare.
La fabrication de la chaux était une activité harassante et dangereuse. Le four n’était sans doute allumé qu’en cas de besoin, avant le démarrage d’un chantier de construction d’une ou de plusieurs maisons.
Le four à chaux de l’Ornetu, situé tout près du sentier qui relie le hameau de l’Ornetu à celui de Lapedina, a été restauré en juillet 2021 par une équipe de scouts originaires de Paris. Plusieurs mètres cubes de terre et de pierres ont été retirés du fond du four. Les abords du chemin ont été nettoyés. La présence de marches taillées dans la roche montre le soin que les anciens ont apporté à l’aménagement de cette portion du sentier très pentue, probablement pour faciliter le passage des ânes et des mulets chargés de pierres, de chaux ou de bois.
Ce chemin – appelé u chjassu di a croce (le chemin de la croix) – reliant deux hameaux était aussi emprunté par les processions qui se rendaient à l’église Saint-Clément depuis les chapelles Saint-Pancrace et Saint-Guillaume, notamment le soir du Vendredi saint.